Le 15 Février, j’ai quitté la France. Date historique donc, puisque première indépendance, premier lancement sérieux dans la vie active, premier long voyage, premier rêve qui se réalise. J’étais paré, préparé, bardé. Normal après des mois de préparation plus ou moins intensifs.
J’ai pris le train, et je m’en suis allé, laissant derrière moi une mère en pleurs et une France qui me sortait par les yeux à tous les niveaux. Il me fallait changer d’air.
J’arrive à St Pancras sous un léger crachin. Mon contact sur place se fait attendre un bon moment. Un mec plutôt nice, installé depuis un an, barman 60 heures par semaine dans un cocktail bar hype de la City. Il me dresse très vite un portrait bien loin de tout ce que j’avais lu et entendu sur Londres, l’Angleterre, les Anglais… Je mets très vite une distance, et m’interdit de céder au pessimisme, préférant me faire ma propre opinion. Je fini l’après midi chez des amis à lui, des blacks parisiens fumeur de bedo et des filles clubbeuses. Pas trop dépaysant comme entrée en matière.
Lendemain, 8h, mon réveil sonne dans la petite chambre que je partage avec mon pote barman dans un quartier Turc au nord de la ville. Douche, costard, cravate (Paul Smith, d’ailleurs, petit clin d’œil à ma nouvelle patrie) : je ne veux pas perdre de temps. Plein d’espoirs, j’attaque à pieds la grande ville, CV à la main. C’est vraiment la grosse crise par ici, et on est loin des jobs trouvés en moins d’une semaine par certains, mieux tombés, il y a quelques années.
Je passe mes premières journées à marcher 10h par jour, prends peu près toutes les lignes de métro avec des cloques aux pieds. Si la seule difficulté avait été de trouver un job, je serais vraiment heureux. Dès le deuxième jour, mon roomate découvre et m’apprends qu’on a des bedbugs. Je vous laisse vous documenter sur ces saloperies. Les ennuis sérieux ont commencé à ce moment là. J’ai passé les semaines les plus dures de toute ma putain d’existence. On a tout d’abord jeté son lit, et le petit fauteuil pliant ou je dormais pour ne laisser que des couvertures à même le sol. Il a ensuite fallu laver, sécher et repasser toutes nos fringues. Je dormais 5h par nuit, avec des insectes qui rampaient sur moi et une forte odeur de produits toxiques, passait mes journées à laver mes fringues et à démarcher les shops et les Starbucks de Londres, perdait encore du poids.... Les relations avec mon colloc’ de chambre, ont commencé à être tendues. J’ai payé £70 pour qu’une agence immobilière me trouve au plus vite une chambre. J’ai sauté sur un cagibi (un lit, 4 murs) très bien situé à l’est de la ville. Je m’y installe en me disant que c’est la fin du cauchemar. Je me réveille après la première nuit avec des plaques rouges et des boutons partout. Cette fois-ci, c’était une véritable infection de bedbugs !
Je gueule après le proprio reste obscur. Il me propose une autre chambre, plus grande, dans la même maison dégueulasse, et au même prix. J’y suis actuellement, non sans avoir ramené avant toute mes affaires dans la première maison pour désinfection complète. Je pense m’être débarrassé du problème, mais suis devenu totalement parano et maniaque, et spraye, poudre, lave, aspire toutes mes affaires sans arrêt. Du coup, j’ai chopé une allergie aux produits chimiques, et me retrouve avec des démangeaisons, des plaques rouges et bleues sur le corps. C’est psychologiquement très dur et nerveusement épuisant, vous pouvez me croire. Et encore, là, je vous ai fait la version light, sans les problèmes de carte bleue, la fraude dans les bus infraudables, les innombrables allés retours du nord à l’est avec des sacs poubelles contenant mes fringues, les colloc’ à moitié tarés qui puent et autres anecdotes qui vous feraient probablement bien ricaner.
Si j’en ai souvent chié dans ma vie, là j’ai tout simplement atteins un autre niveau. J’ai perdu mes rêves, mes espoirs, je suis blasé. J’ai même raté la soirée Bloody Beetroots que j’attendais depuis des mois, c’est dire. Peut être aussi que j’en attendais beaucoup (trop) de London…
Et maintenant, me direz-vous ? Et bien j’ai décidé de me laisser le temps de vivre, avant de prendre un nouveau nouveau départ, chez Moi, en France. J’ai un billet de retour pour fin mars que je risque fortement d’utiliser, je lis des bouquins d’Houellebecq en trois jours, je sors avec des potes Japonais, Italiens, Français, j’ai enfin pu trouver Starbucks Experience en librairie. Hier soir je me suis mis ça en club, puis j’ai vomi jusqu’à me vider dans un bus de nuit pourtant bien rempli… Plus rien ne compte, plus rien n’a d’importance. Je suis définitivement un autre homme.